Réchappe au Sirac

juillet 16, 2018 julienghm 4 comments

Les motivations de se rendre en montagne peuvent être multiples: profiter des paysages, se confronter à la nature brute et minérale, chercher une forme de dépassement…. mais on y va aussi pour chercher des émotions fortes.
Sur ce dernier point mes 2 derniers jours dans la Valgaudemar avec Alexa ont bien répondu à nos attentes. Notre boussole nous a emmené grimper au-dessus du refuge de Vallonpierre et samedi nous avons fait les 5 premières belles longueurs de « Steack à l’anchois » au banc des aiguilles. Toutes les voies du secteur on été récemment bien rééquipés, le rocher y est bon et les longueurs plutôt jolies. De plus, l’accueil agréable de Guillaume et de son équipe au joli petit refuge de Vallonpierre vous assureront un séjour réussi.
Dimanche aura été pour nous une autre paire de manche. Météo france, météoblue et météociel annoncent des orages pour la fin de l’après-midi. Alexa étant rapide et efficace, je reste assez serein quant à la faisabilité de notre projet. Nous voulons grimper l’arête nord du Sirac et nous optons pour un lever matinal à 3h et un départ sous les étoiles vers 3h30 afin d’être sur de rentrer avant le déluge. Notre ascension est plutôt rapide et Alexa négocie à merveille l’ascension jusqu’à la brèche séparant le banc des aiguilles de l’arête nord. L’aube nous souhaite alors la bonne journée; il est 6h. Nous nous engageons alors dans les dalles et sur l’arête nous surplombant. Le ciel est laiteux et peu inquiétant mais ma conscience de guide m’incite à maintenir Alexa dans un bon rythme pour sortir rapidement de ce beau pilier. Vers 7h30, je vois le ciel s’assombrir rapidement à l’Ouest et je presse le pas. Vers 8h le ciel devient franchement noir et je crois deviner le tonnerre gronder au loin. Il reste 200 m jusqu’au sommet et nous avons déjà plus de 700 m sous les pieds, Les prises de décisions sont rapides et nous entamons une retraite rapide le long de l’arête. 8h15, le premier éclair explose à proximité. Alexa m’écoute et file rapidement vers le bas, elle a le pied plutôt sur et me rassure quant à sa capacité à gérer cette situation critique. 9h, les abeilles grésillent et ça pète toujours autour de nous, nous abandonnons nos piolets et continuons à filer vers le plancher des vaches aussi rapidement que possible. Les derniers rappels ressemblent plus à du canyon qu’à autre chose mais alors que nous entamons la fin de la descente sur les névés sous la brèche, le feu d’artifice se calme et nous retrouvons le sourire. Bientôt nous rejoignons le refuge où Guillaume nous accueille avec un bon café noir et un thé à la Bergamotte. Bref, ce 15 juillet, nous aurons pris un bon gros bolus d’Adrénaline.

L’important dans ce genre d’histoire c’est d’en tirer des leçons, pour apprendre toujours et encore et ne pas reproduire ces erreurs. Bien sur, il ne faut jamais oublié qu’une météo incertaine est incertaine. Un objectif en alpinisme est bien peu de chose par rapport aux forces de la nature. On va en montagne pour se sentir vivant mais pour en profiter il faut être vivant. Bref, n’oublions pas que les marges (météo, difficulté de l’itinéraire, niveau des participants…) doivent être importantes en montagne et posez vous toujours la question de savoir si elle sont suffisantes ou non.

Heureusement ces épisodes sont rares, profitez bien de vos aventures là haut et n’oubliez pas « gaffe!!!! »

4 Comments on “Réchappe au Sirac

  1. Belle aventure, belle mise en demeure de conscience et de prudence, sans cesse renouvelées !
    Merci de raconter tous vos ressentis vécus .

  2. merci Julien de nous avoir sorti de là en prenant les bonnes décisions, très vite, et en courant sur le caillou mouillé tel un izard (et oui quand même tes 1er pas ont été forgés dans les Pyrénées). Une gestion précise et sécure qui m’a permis de garder le calme (sauf dans le dernier rappel rythmé de mes « oh secours ») quand les éléments se sont déchainés d’un coup d’un seul et que je me suis sentie alors très très vulnérable…je me souviendrai des éclairs à 3200m pour mes 32ans et j’en garderai un souvenir ému.

  3. Salut Julien, merci pour ce recit. Un beau temoignage d’humilité devant les forces de la nature. J’etais au refuge samedi soir aussi avec ma fille (on a discuté dans le couloir). Nous avons pris l’orage dans la traversée vers Chabournéou. On a bien pensé à vous à ce moment là.
    L’après midi, j’ai appellé le refuge pour prendre de vos nouvelles et l’aide gardienne m’a rassuré. Et hier j’ai vu Francois à la salle d’escalade qui m’a donné plus de details sur votre retraite.

  4. bravo
    ça avait l’air chaud ALexa… ! 🙂 les éclairs à 3200 m je n’aurais pas non plus beaucoup aimé !!
    Stéphane

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *