La pratique de l’alpinisme chez les autistes

août 30, 2018 julienghm 1 comment

La vocation d’un guide de haute montagne réside dans son désir de faire découvrir au plus grand nombre l’univers de l’altitude. C’était donc forcément une chance pour moi de guider un jeune autiste et son père à l’aiguille du Tour.

Un entourage attentionné et un apprentissage structuré ont permis à Nicolas, autiste, aujourd’hui âgé de 21 ans, de faire de l’alpinisme comme tout un chacun. Son père, Bruno, médecin et moniteur de ski consacre depuis de nombreuses années, l’essentiel de son temps à la pratique des activités sportives de montagne avec son fils. Au fait des avancées scientifiques dans le domaine, l’entourage de Nicolas a su exploité le sport comme vecteur de développement pour l’aider à mieux vivre avec son affection neuro-développementale. La manière la plus efficace de modérer ses anomalies de comportement est de l’accompagner dans ses activités. Très vite ses parents ont compris que le sport permettait d’améliorer ses conduites atypiques. La pratique de la montagne par l’escalade, le ski ou le trail constitue ainsi l’essentiel de ses loisirs. Nicolas illustre parfaitement le fait que les activités physiques permettent aux autistes de progresser au niveau moteur et relationnel mais aussi de réduire les troubles du comportement.

En montagne, l’incapacité de Nicolas à prévoir le moment à venir suscite une attention particulière. Il est ainsi important de veiller attentivement à son matériel ou à son comportement vis à vis de la gestion de la sécurité. Cependant, en tant que guide de haute montagne, sa capacité à être appliqué dans ses démarches et son endurance physique m’ont permis de passer des journées plus sereines qu’avec nombre de mes autres clients. Nicolas, est le genre de personne capable de faire tomber les derniers remparts quant aux éventuels préjugés que l’on pourrait avoir sur la capacité des autistes à profiter comme tout le monde de la montagne.

Avant de vous faire partager le texte imagé que Bruno a fait rédiger à son fils Nicolas, je ne peux que vous encourager à saisir les opportunités qui pourraient s’offrir à vous pour partager des moments en montagne avec des personnes comme Nicolas:

Promenade à l’aiguille du Tour près de Chamonix
Le 19 et 20 Août 2018

Nous profitons des belles journées de cette fin Août pour une course de haute montagne dans la région de Chamonix.

Nous avions programmé les Agneaux dans les Hautes Alpes , mais le risque d’orage nous a repoussé plus au nord .

Après une petite halte aux Gaillands où nous sommes évalués sur une voie de 2 longueurs par Julien notre guide, nous prenons la direction du petit village du Tour, lieu de naissance de Michel CROZ , Vainqueur du Cervin .

La montée au refuge Albert 1er est agréable, très douce au début, plus rude aux abords du glacier .
Nous cheminons alors sur la moraine Est , qui se termine à 2700 m d’altitude par le refuge moderne perché en face du front de séracs de la limite basse de l’énorme glacier situé entre l’aiguille du Tour et La belle aiguille du Chardonnet.

Après une nuit très courte, nous formons une petite cordée de 3 qui s’extirpe du refuge a 4 h du matin. Assez vite Nicolas perd un gant. Nous ne renonçons par car il fait une chaleur inhabituelle à cette heure si matinale, et Bruno donne ses gants à Nicolas. Il fera sa course mains nues, facilement.

La dénivellation est rapide, 700 m heure crampons aux pieds, car notre chemin est le glacier, jusqu’au col sud du Tour noir. Le glacier est crevassé, craque de toute part avec les bruits inquiétants de ruptures des séracs, loins de nous. La marche est facile. Le guide est prudent car le glacier est très tourmenté, dégoulinant de multiples ruisseaux de fonte qui courent sur la glace . Nous progressons corde tendue jusqu’au col que nous franchissons entre les blocs de granit cyclopéens .

Au col, nous prenons pieds au soleil levant sur un immense plateau glacière qui
s’étend à perte de vue. Nous contournons l’aiguille par le sud et terminons notre ascension par une escalade facile de 30 minutes, après avoir laissé crampons et piolets au pied de la face. Magnifique point de vue au sommet. Finalement la descente est une formalité pour cette course facile et sauvage, que nous terminons à 11 heure du matin.

 

1 Comment on “La pratique de l’alpinisme chez les autistes

  1. Bravo à Nicolas !
    Félicitations. Belle persévérance !
    Merci pour ce récit enthousiaste et pour les photos.
    Merci pour ton texte Julien, si positif, sincère, généreux et tres agreable à lire.
    👏🏽👏🏽👏🏽👏🏽

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